À cette époque, il faisait toujours beau l'été. Le soleil était plus brillant, le ciel plus bleu, l'herbe plus verte. À cette époque, j'avais 8 ans et ma soeur 6.
Je la regardais, petits pieds nus ballotants dans le vide assise sur la table de pique-nique que papa avait fait quelques années plus tôt. Le temps ou il était encore capable. "Encore un homme", comme il disait si souvent après que la sclérose en plaques l'eut cloué pour toujours dans un fauteuil roulant...
Je la regardais fixement, ce petit bout de bonne femme si pleine de vie, chantonnant en examinant ses prises de la journée. P'tite soeur avait cette faculté de s'émerveiller de tout, de collectionner des petits trésors qu'elle gardait précieusement dans un pot Masson que maman lui avait donné quand elle était venue la déranger, un peu plus tôt dans la journée, pendant qu'elle faisait ses si succulentes confitures à la fraise. Dieu que ça sentait bon dans la maison. "C'était avant". Comme le disait si souvent ma mère. lorsqu' elle avait encore le temps de le faire. Avant qu'elle ne consacre tout son temps à s'occuper de mon père malade. Avant, aussi, qu'elle ne traverse un long combat contre le cancer...
J'examinais toujours ma soeur. Le vent, comme toujours, avait rendu sa longue chevelure en bataille. À ses côtés, notre fidèle compagnon Slim avait la tête posé sur sa cuisse. Comme à son habitude, il léchait de temps en temps le genou ensanglanté de soeurette qui avait encore tombé du haut de son vélo. "C'était avant". Comme le dit si souvent ma soeur. Avant que comme papa, la sclérose en plaques attaque son jeune corps à son tour. Avant qu'elle n'apprenne que son enfant souffre de paralysie cérébrale...
Puis je me suis avancé vers ma soeur. Mon amie, ma confidente. Ma comparse de coups pendables. Maintenant assise à ses côtés, nous nous amusions à dénombrer sa collection de cailloux. Notre seul soucis étant de savoir si nous n'étions pas en retard pour le dîner que maman nous préparait toujours avec amour. Il faisait tellement bon à cette époque. Tellement.
On dit que l'herbe est toujours plus verte chez le voisin...
Mais en ce temps, je vous assure, c'est dans ma cour que le gazon était le plus beau de la Terre.
Je la regardais, petits pieds nus ballotants dans le vide assise sur la table de pique-nique que papa avait fait quelques années plus tôt. Le temps ou il était encore capable. "Encore un homme", comme il disait si souvent après que la sclérose en plaques l'eut cloué pour toujours dans un fauteuil roulant...
Je la regardais fixement, ce petit bout de bonne femme si pleine de vie, chantonnant en examinant ses prises de la journée. P'tite soeur avait cette faculté de s'émerveiller de tout, de collectionner des petits trésors qu'elle gardait précieusement dans un pot Masson que maman lui avait donné quand elle était venue la déranger, un peu plus tôt dans la journée, pendant qu'elle faisait ses si succulentes confitures à la fraise. Dieu que ça sentait bon dans la maison. "C'était avant". Comme le disait si souvent ma mère. lorsqu' elle avait encore le temps de le faire. Avant qu'elle ne consacre tout son temps à s'occuper de mon père malade. Avant, aussi, qu'elle ne traverse un long combat contre le cancer...
J'examinais toujours ma soeur. Le vent, comme toujours, avait rendu sa longue chevelure en bataille. À ses côtés, notre fidèle compagnon Slim avait la tête posé sur sa cuisse. Comme à son habitude, il léchait de temps en temps le genou ensanglanté de soeurette qui avait encore tombé du haut de son vélo. "C'était avant". Comme le dit si souvent ma soeur. Avant que comme papa, la sclérose en plaques attaque son jeune corps à son tour. Avant qu'elle n'apprenne que son enfant souffre de paralysie cérébrale...
Puis je me suis avancé vers ma soeur. Mon amie, ma confidente. Ma comparse de coups pendables. Maintenant assise à ses côtés, nous nous amusions à dénombrer sa collection de cailloux. Notre seul soucis étant de savoir si nous n'étions pas en retard pour le dîner que maman nous préparait toujours avec amour. Il faisait tellement bon à cette époque. Tellement.
On dit que l'herbe est toujours plus verte chez le voisin...
Mais en ce temps, je vous assure, c'est dans ma cour que le gazon était le plus beau de la Terre.